Ballade agadézienne

Agadez est une ville faite de terre et de sable dont les ocres respectives offrent une belle palette entre les jaunes et les rouges. A cette matrice élémentaire s’oppose un ciel immense, généralement bleu, brièvement parsemé de nuages dont on espère quelques pluies qui rafraîchiront la région tout en favorisant l’apparition d’une fugace herbe bien verte, vite poussée et aussi vite ramassée pour nourrir les chèvres et les moutons qui, eux aussi, habitent la ville. D’autres fois le ciel est blanchâtre, d’un blanc quasi opaque, signe de tempête de sable dans le désert tout proche. Ce ciel de plâtre pèse alors sur la ville comme une chape et force à aller par les rues les yeux à peine ouverts pour éviter la lumière blafarde et le vent sableux.

La ville nous offre d’autres couleurs et d’autres matières. Le bleu clair des portails de fer qui ferment les maisons, le noir des sacs plastique qui encombrent le regard, que le vent emmêle aux branches épineuses des arbres ou qui font mourir les chèvres quand elles les avalent par temps maigre. Bien sûr, il y a aussi les boubous chamarrés des femmes, celles qui portent le hijab (1), celles qui portent un grand foulard pour tenir leur dernier-né sur leurs hanches, celles qui préfèrent le « prêt à porter » de l’Occident tout droit venu de la Chine via le Nigeria… Les vêtements des hommes sont tout autant variés. Les Haoussas, à la peau plus noire que leurs voisins touaregs et peuhls, portent des petits chapeaux et de longs boubous de couleur vive. Parfois, on peut croiser des Touaregs vêtus de grands ensembles bleu ciel en bazin (2) qui brille sous le soleil et du taguelmoust (3) blanc immaculé. Les enfants qui jouent dans la rue en viennent à se fondre à la terre où ils aiment tant patauger, au sable où ils aiment tant traîner… Rien ne sert de trop les habiller, les vêtements sont bien trop vite sales et abîmés. La surprise, quand de passage dans une école pour mon enquête, je reconnais - tant bien que mal, je l’avoue - ces chères têtes propres et bien coiffées !

Suite : Passages et passants

 

(1) Le hijab est le foulard islamique, ressemblant à un tube évasé qui cache les cheveux et encadre bien la figure.
(2) Le bazin est un tissu brillant car composé de fibres plastiques qui remplace en quelque sorte les habits teintés d’indigo dans les vêtements de prestige que l’on porte quand on est riche ou qu’on veut le faire croire.
(3) Le taguelmoust est la coiffure touarègue masculine par excellence, équivalent du mot arabe chèche. Les Touaregs s’appellent d’ailleurs eux-mêmes Kel Taguelmoust, ceux qui portent le taguelmoust.

 

Source : assoaleas.free.fr, avec autorisation de E. Bosc

Autre style : Style clair

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