L'accord de la paix du 24 Avril 1995 au Niger

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Gamar Hami Alfouja
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L'accord de la paix du 24 Avril 1995 au Niger

Messagepar Gamar Hami Alfouja » Lun 24 Avr 2006 1:43

La date historique du 24 Avril 1995 est un jour de signature de la paix entre le gouvernement Nigérien et la rébellion touarègue armée. Depuis lors, cette date est retenue comme un fait marquant l’histoire du pays symbolisant la journée de la concorde nationale ou « Flamme de la paix » qui est chaque année férié sur toute l’étendue nationale.
Le peuple touareg habite le Sahara central et une partie du Sahel. Les frontières politiques actuelles, héritées de la colonisation, ont artificiellement découpé le territoire touareg en plusieurs parties intégrées à cinq pays : l'Algérie, le Niger, le Mali, la Libye et le Burkina-Faso. En l'absence de statistiques fiables, on estime les Touaregs à 3,5 millions dont 85 % au Mali et au Niger. Dans ces deux pays, composés d'une dizaine d'ethnies chacun, les Touaregs représentent respectivement 10% et 20% de la population globale.
Les Touaregs se définissent par une communauté culturelle qui noue ses liens identitaires autour d'une langue, et sur la base d'une organisation familiale, sociale et politique. Durant des siècles, le pays touareg a été organisé en confédérations. Ces confédérations avaient chacune un chef, nommé amenokal. Il avait à charge la protection de tribus et gérait les conflits entre elles (les zones de pâturage, le contrôle du commerce caravanier, etc.) Chaque confédération était composée de plusieurs tribus et, en général, subdivisée en plusieurs castes. Actuellement, cette organisation en castes tend à disparaître au profit d'une structure sociale moins rigide où la seule référence est l'identité touarègue (temoust).
Depuis le morcellement de leur espace traditionnel, les Touaregs ont été marginalisés et opprimés dans la plupart des pays où ils se sont retrouvés. Comme raisons du conflit, on peut aussi évoquer la politique désastreuse menée dans ces pays depuis les indépendances et qui a toujours refusé de considérer les Touaregs comme des citoyens à part entière. Les pouvoirs claniques qui se sont succédé dans ces pays depuis les indépendances ont tous eu une coloration ethnique. Les responsables politiques ne se sont jamais soucié d'un quelconque intérêt général pour s'atteler à construire une unité basée sur les réalités locales. Bref, ce conflit armé est né de frustrations, de l’injustice, des exactions de toutes sortes que les différents régimes du Niger faisaient subir à une communauté que la pauvreté et les sécheresses successives ont complètement déboussolées.
Traités comme des citoyens de seconde zone, ils ont fini par prendre les armes pour attirer l'attention de la communauté internationale sur leur sort. Le peuple touareg revendique le droit de vivre sur son propre territoire et de gérer son propre développement. Cette résistance armée a servi de prétexte aux états malien et nigérien pour se livrer à des massacres massifs de populations civiles. Certaines sources estiment à plus de dix mille le nombre de civils touaregs tués par les armées de ces deux pays entre 1990 et 1996. Cette situation a marqué le point de départ d’une rébellion armée, revendiquant initialement l’institution du fédéralisme. Une option que ne permettait pas la Constitution du 26 décembre 1992 qui consacrait un Etat unitaire au Niger.
Après une douloureuse épreuve qui a porté un coup dur aux paisibles populations, les deux parties se sont convaincus de l’impérieuse nécessité de revenir à la table de négociation sous l’auspice de la communauté internationale. Ainsi, le 24 avril 1995 était signés à Niamey des "Accords établissant une paix définitive entre le gouvernement de la République du Niger et l’Organisation de la Résistance Armée (ORA)" mettant théoriquement fin à quatre ans de conflit dans le nord du pays. La résistance touarègue, après plusieurs mois de négociations, était revenue sur ses revendications qui sont (le fédéralisme ou l’autonomie des régions du Nord) pour accepter une décentralisation poussée - d’ailleurs prévue dans la constitution - et l’intégration à tous les niveaux de l’État des éléments démobilisés de l’ORA et des ressortissants des régions concernées par le conflit. Cet accord de paix se fonde en grande partie sur les préceptes de la décentralisation, à savoir la prise en charge par les régions de leurs affaires.

La région d’Agadez , plus touchée par le conflit est une région spécialement connue pour ses potentialités touristiques. Il faut souligner qu’après ces années d’insécurité, le rythme économique de la région a repris. Un certain nombre des projets de développement et des Organisations Non Gouvernementales (ONG ) ont repris leurs activités. Les ex combattants ont été insérés dans les différents corps militaires et paramilitaires du pays.
Cependant, il y a lieu de noter que jusqu’à présent les clauses de l’accord ne sont pas totalement achevées. Ceux qui ont opté pour la réinsertion dans la vie active attendent toujours de voir leurs micro projets obtenir des financements.

La nécessité de la paix pour un essor économique et une crédibilité internationale du pays en conflit est un élément prépondérant. De ce fait, les efforts déployés par les deux parties dans l’aboutissement de l’accord de paix sont un événement qui mérite d’être salué. Les ex combattants ont certes été intégrés dans les différents corps tels l’armée, la police, la garde, la douane, les écoles professionnelles et autres. Cependant, une attention particulière devrait être accordée à la question en vue du parachèvement définitif des clauses signées entre les deux parties pour éviter à jamais le rebondissement non souhaitable de la situation.
Vive la paix.
Vive la paix.
Merci.

Ahmad Elhadji Abalacan

Messagepar Ahmad Elhadji Abalacan » Sam 06 Mai 2006 18:32

Air Info a écrit

Onze (11) ANS APRÈS LES ACCORDS DE PAIX : ESPOIRS ET DÉSILLUSIONS



De tous les points sur lesquels l’Etats’est engagé, seule la décentralisation a été véritablement acquise car à l’heure actuelle, le processus est en marche nonobstant quelques couacs consécutifs l’inadaptation des textes et la pauvreté de certaines communes. On ne dira pas mieux sur le volet réinsertion socioéconomique car même si sur le plan social, les ex-combattants n’ont pas eu des difficultés de réadaptation, ils souffrent énormément du chômage. N’ayant rien à faire, ils vivent dans l’attente et s’époumonent à longueur à réclamer l’application des accords signés. Le programme de réinsertion qui fut officiellement lancé à N'Guigmi en juin 2001, et qui visait la consolidation de la paix et la promotion de cette dernière à l’échelle de toutes les zones ayant vécu ces conflits butte encore sur certains écueils dans sa dernière phase, celle de lAïr et de l’Azawak. Outre la maigre enveloppe allouée se dresse le problème de l’éloignement des excombattants et la réactualisation des listes. À cette date, deux ex-fronts n’ont pas encore transmis leurs listes au Haut Commissariat à la Restauration de la Paix (HCRP), lequel leur a donné un dernier délai qui expirera le 24 avril 2006. Si cette réinsertion se déroule sans heurts majeurs avec les activités d'instruction et de montage des dossiers des micro-projets sur le terrain, il convient de rappeler que des promesses attendent toujours leur respect. D’autres rappellent aussi la promesse d’enquête sur la mort de feu Mano Dayak de l’ex-FLT, de feu Chahahi Barkaï de l’ex-FARS et la mise en place du fonds de soutien aux ex-combattants. Certes sur le plan de la réinsertion des ex-combattants des ex-fronts, beaucoup a été fait, mais des zones d’ombre subsistent encore. On peut clairement noter dans ce chapitre, le silence autour de la réinsertion des 300 ex-combattants dans les sociétés minières et autres du pays. Sources des frustrations et des injustices, les accords de paix, ont carrément oublié de dire un mot surles sociétés minières installées dans la région depuis plusieurs décennies : SOMAIR, COMINAK et SONICHARet qui devaient recruter des gens de l’ex-rébellion. À cette date, rien n’a été fait et le groupe attend toujours malgré les affres du
chômage. « Nous avons donné notre parole d’honneur à l’Etat, nous la respecterons s’il nous confirme ses réelles volontés à nous aider » a soutenu un cadre de l’ex-rébellion qui a requis l’anonymat. Plusieurs ex-combattants des ex-fronts dénoncent ce mutisme, des partenaires engagés et même de leurs exchefs de fronts qui acceptent avec une déroutante attitude le piétinement de certaines clauses de ces accords. « Tout a été rédigé de commun accord et confiné dans un document de plusieurs pages....


Pourquoi doit-on se voiler la face ? C’est l’’Etat qui piétine ces clauses et il faut qu’il l’admette. Nous sommes fatigués d’attendre des vagues promesses devenues à la limite des contes de fées ;» martelait pour sa part M. G. Dans la région d’Agadez, bien que des larmes se sèchent pour d’autres avec le programme de réinsertion mis en route par le PNUD, certains par contre boudent toujours et réclament l’application des accords. « Ne nous leurrons pas, il existe vraiment des problèmes qu’il faille résoudre au plus vite pour l’équilibre socio-économique de notre pays ! Qu‘on ne nous parle pas de manque de places dans les services étatiques, les sociétés minières par exemple ne font que recruter des cadres d’ailleurs ! Et pour autant, on promettait d’engager trois cents (300) d’entre nous dans ce secteur rouspétait T. B, un ex-combattant décidé à réclamer ses droits. Il a attendu longtemps et peut-être : « le fera indéfiniment comme beaucoup d’autres qui ont cru à ces promesses » répondit D.H, un autre ex-combattant qui, las d’attendre s’est lancé dans le tourisme. Du côté de l’Etat, l’urgence est ailleurs car beaucoup de chantiers attendent d’être soutenus ! Même cela n’est pas près de convaincre les ex-combattants ! « Il faut que l’’Etat respecte ses engagements malgré toutes ses charges car nous ne pouvons pas attendre toute une vie pour qu’on nous donne des miettes ! Franchement, je trouve dérisoire la somme de 165.000 FCFA qu’on doit mettre à la disposition de chaque excombattant » a fait remarquer A.A, qui ne pense pas que : « les ex-combattants même si on les réunissait en groupements pourraient s’en sortir ! » Et pour cause ? « La vie est chère ! Trop chère m^me et l’on est jamais seul chez soi ! » Par contre pour Mohamed Akotey qui coordonne ces activités de réinsertion socioéconomique pour la région d’Agadez avec un contingent de 1424 personnes, cette somme équivaut à six (6) fois le SMIG du Niger et c’est sur cette base que le partenaire avait décidé d’attribuer ce montant ». Même s’il reconnaît quand bien même : « qu’il ne serait pas facile de faire la réinsertion économique sans gros moyens ». À l’horizon, une seule solution pense M. Akotey : « faire d’autres offensives pour que des bailleurs de fonds soutiennent ce projet car c’est surtout un combat contre la pauvreté endémique qu’il faut mener ». Le volet concernant l’Aïr et l’Azawak après qu’il ait pris beaucoup plus du temps que prévu a déçu un grand nombre d’ex-combattants ! L’engouement a fait vite place aux désillusions. Nombreux parmi ceux qui ont attendu pendant dix ans ont perdu tout espoir quand ils ont su qu’ils n’auraient droit qu’à une seule minable somme. Plus personne ne parle du recrutement de ces 300 excombattants alors que rien ne peut expliquer cela pendant que des sociétés minières n’ont de cesse de recruter des gens. Cette situation qui a même été notifiée au Président de la République par le Haut commissaire à la Restauration de la Paix (ref. lettre N°0010/HCRP/CT) et dont la teneur l’informait des certains points pouvant nuire au processus de paix tant souhaité et chèrement acquis. Il s’agit : « du recrutement des personnes provenant de la capitale et pire ces sociétés remplaçaient les retraités ou les décédés par leurs héritiers poste pour poste. » . La même correspondance s’inquiétait de
l’avenir des USS (unités sahariennes), de la revue à la hausse du recrutement annuel dans l’Armée et la Gendarmerie préconisée par les accords de paix, les arriérés de sites de cantonnement de trente millions (30.000 FCFA) pour lesquels des instructions ont été données, mais qui demeurent impayés, la place de la cérémonie « Flamme de la Paix »
qui devait faire l’objet de soins particuliers mais hélas laissée à l’abondon donnant ainsi une image négative de la Paix. D’ailleurs ce sont ces frustrations qui ont conduit certains ex-combattants à s’organiser à Arlit pour protester contre ces recrutements contraires aux clauses des accords et la dégradation de l’environnement tout récemment lors de l’audience publique sur l’étude d’évaluation de l’impact environnemental d’Afasto Ouest Cominak., ils l’ont fustigé avec une rare violence en ces termes : « l’exploitation de l’uranium par Areva et ses filiales ont contribué à l’appauvrissement de la région en accélérant le phénomène de la désertification, le pillage des ressources naturelles, et l’assèchement de la nappe fossile…. » Et de dresser un amer constat : « ce bilan désastreux dont la responsabilité incombe aux dirigeants d’Areva et ses filiales appuyés par des cadres nigériens plus soucieux de leurs intérêts n’est pas au bout de son chemin car aujourd’hui encore les populations autochtones sont exclues des recrutements sous le fallacieux prétexte de manque de diplômes et de compétences ». Et ce qui est curieux dans cette affaire de recrutements, même des injonctions des sommités de l’’Etat à savoir le Premier Ministre Hama Amadou restent lettres mortes. Le fac-similé ci-contre est illustratif du « forget » de certains administrateurs qui négligent des points aussi vitaux que ceux concernant les accords de paix. Comment se fait-il qu’un chef de gouvernement donne des instructions à son ministre pour faire diligence dans une affaire et qu’il en fasse à sa guise ! Il faut vraiment au Niger pour qu’une telle désobéissance reste sans suite ! Onze ans après les accords de paix, des centaines de personnes attendent dans l’angoisse des lendemains que leur sort soit scellé. Onze après, il faut aussi l’avouer des rêves se brisent, des rancoeurs s’aggravent au jour le jour se nourrissant sur le dénuement et l’absence de toute perspective. L’Etat du Niger a intérêt de veiller au strict respect des engagements auxquels il a souscrit. Et le cas échéant avoir la force de dire à tous ceux qui attendent qu’ils doivent s’atteler au travail et se convaincre que le développement à pour moteur les hommes et les femmes, et qu’il s’agisse donc de réfléchir, de penser, d’innover et de projeter. Voilà là notre humble avis, les recettes miracles pour mettre un frein à la paupérisation des couches sociales de notre région.

Ahmad Elhadji Abalacan

Messagepar Ahmad Elhadji Abalacan » Jeu 22 Juin 2006 11:53

Le Républicain a écrit

Consolidation de la paix. Le président Tandja accède à certaines revendications des ex-combattants

A l’initiative du Haut commissaire à la restauration de la paix, Mohamed Anacko, une réunion des chefs et cadres des ex-fronts de résistance armée, des milices et des comités d’autodéfense s’est tenue les 15 et 16 juin derniers à Niamey. Leur plat de résistance a porté sur les insuffisances enregistrées dans l’application des accords de paix du 24 avril 1995. Celles-ci portent notamment sur le projet de réinsertion des ex-combattants, l’intégration de 300 d’entre eux dans les entreprises publiques, les pro-blèmes rencontrés par certains ex-combattants dans les corps militaires et paramilitaires, la gestion du processus de paix…

A l’issue de leurs échanges, les participants ont recommandé au président de la République et au gouvernement la ré-vision à la hausse du montant alloué à la réinsertion socio-économique, l’accé-lération de la procédure d’intégration des ex-combattants dans les sociétés d’Etat, ou sous forme de départ volontaire, l’amélioration des conditions de vie des chefs des ex fronts et leur implication dans la consolidation de la paix, la réin-tégration des ex combattants renvoyés des corps militaires et paramilitaires sur lesquels ne pèsent pas des fautes graves, l’intégration à la fonction publique des ex-combattants formés dans les éco-les professionnelles…

La réunion a demandé que soient mis fin à l’injustice, aux rackets, aux abus d’autorité et à la situation d’état de siège dans certaines zones du nord et de l’est qui ont connu le conflit armé.

La reprise de la rébellion armée au nord Mali inquiète à plus d’un titre les autorités nigériennes. Le président Tandja a multiplié les rencontres avec tous ceux qui sont susceptibles de tempérer les ardeurs de ceux qui seraient tentés de prendre les armes contre l’autorité de l’Etat. On se rappelle qu’il a déjà reçu les députés des régions de Tahoua, Agadez, Zinder, Tillabéri et Diffa, et l’ancien ministre du tourisme et ancien président de la résistance armée, Rhissa Ag Boula. Après leur rencontre, les chefs des ex-fronts ont eux aussi été reçus en audience par le chef de l’Etat. Celui-ci a accédé à certaines de leurs revendications, comme le rehaussement des indemnités des chefs des ex fronts, le départ volontaire de certains ex combattants à hauteur de 1 million FCFA par candidat, leur implication dans la consolidation de la paix à travers notamment des rencontres trimestrielles avec le président de la Répu-blique, et des contacts avec des gouverneurs des régions… Malgré les difficultés annoncées du gouvernement à recruter 2 000 diplômés à la fonction publique et à satisfaire l’aug-mentation des salaires de 10%, pourra-t-il faire face aux incidences financières des revendications des chefs des ex fronts, milices et comités d’auto défense? Mais comme on le dit, la paix n’a pas de prix.
O.K

Le Républicain


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